Pourquoi parler de coupes rases ?

Régénération naturelle ou artificielle ?

De quoi parle t-on ?

Une forêt est capable de se régénérer naturellement ; Comme son nom l’indique, la régénération naturelle provient directement des fruits produits par les arbres en place ( exemple: les glands pour les chênes ).

À l’inverse la régénération artificielle commence par une coupe rase suivie d’une plantation de jeunes arbres issus de pépinières.

Comment ça se passe ?

Dans le cas d’une régénération naturelle :

Après plusieurs coupes d’amélioration et lorsque le peuplement est arrivé à maturité, le forestier procède à une coupe d’ensemencement où il laisse sur pied les plus beaux semenciers des essences précieuses. On parle là des chênes , des hêtres et merisiers qui laisseront tomber naturellement leur « semence » c’est à dire leurs graines.
Comme les graines de ces arbres sont lourdes , elles tombent verticalement et pour qu’il y en ait partout , il est très important que la couverture au sol de la tête des arbres soit la plus complète possible : on parle alors de la répartition spatiale des houppiers.
Cette répartition a moins d’importance pour les essences secondaires dites essences d’accompagnement ( charme , bouleau , érable , etc ). Leurs graines étant plus légères, elles colonisent le sol plus facilement et à grande distance grâce au vent. Le forestier pourra donc laisser sur pied une plus faible quantité de ces essences.
Après l’installation de ces semis naturels qui peut se faire sur plusieurs années, des coupes secondaires seront réalisées à intervalles de 2 à 3 ans. Elles auront pour but d’enlever les semenciers qui auront contribué à l’installation d’une belle « brosse de semis ».
Ces semis prendront la relève et formeront un nouveau peuplement.
Plusieurs coupes secondaires pourront être nécessaires pour arriver à la coupe définitive.
C’est le but ultime de la régénération naturelle. Le nouveau paysage est alors constitué d’un peuplement mélangé d’essences précieuses et secondaires.

La régénération artificielle est parfois obligée ou préférée :

Deux causes à cela : une présence d’essences précieuses de faible densité voire pratiquement nulle ou une volonté de changer radicalement d’essence.
C’est le cas actuellement à Mormal.
Le choix y a été fait de remplacer le chêne pédonculé par le chêne sessile (rouvre) sur plus de 7000 ha.
On effectue alors une coupe rase.
Plus aucun arbre debout sur une surface variant de 4 à 6 ha.

L’ Œil de Régis , ancien garde forestier :

avantages et inconvénients de ces deux modes de régénération

Avantages du naturel :

  • Lorsqu’un semis s’installe à un endroit , c’est qu’il lui convient. Leur grand nombre constitue et contribue à la sélection des plus vigoureux
  • L’installation de semis d’essences mélangées sera toujours un gage de dynamisme et un rempart à la propagation de maladies ;
  • La préservation coûte que coûte du capital génétique des essences locales, donc adaptées, accumulé depuis des siècles. C’est un atout inestimable.
    Petite anecdote, les anciens forestiers avaient implanté des pépinières  » volantes  » où étaient éduqués des semis d’essences locales afin d’en pallier le manque sur le Massif de Mormal. Peut être une idée à remettre au goût du jour ?
  • La disparition progressive des semenciers stressera moins les espèces animales inféodées aux grands arbres (insectes , chauve- souris et oiseaux) ;
  • Du point de vue paysager et psychologique, il n’y a aucune comparaison avec des étendues mises à nu d’un seul coup ;
  • Lors des coupes, vu l’obligation faite aux engins de protéger les semis ( Code Forestier), l’impact sur les sols est moins important ;
  • Un envahissement du sol par le tapis herbacé (graminées, ronces) moins rapide du à une mise en lumière progressive ;
  • Du point de vue commercial, l’approvisionnement et la mise en valeur des produits exploités progressivement seront alors écoulés à leur juste prix.

Inconvénients du naturel :

  • Une surveillance accrue lors des exploitations successives , mais n’est ce pas le métier d’un Garde Forestier ?
  • Plus de travaux et de suivis des éclaircies à effectuer ; en effet, les semis naturels ont besoin d’un dépressage afin de pousser sans être étouffés. Ceci peut se transformer en atout par l’embauche d’une main d’œuvre locale.
  • Une maîtrise des populations de grands animaux sera nécessaire : ils sont en effet friands de ces jeunes peuplements.

Avantages d’une régénération artificielle

  • Le suivi de la plantation se fera mécaniquement car les plants sont installés en ligne.
  • Des « cloisonnements sylvicoles » à intervalles réguliers faciliteront le passage des engins.
  • Vu le gyrobroyage (ou broyage mécanique) de la surface avant plantation, le futur peuplement aura le même âge.
  • L’introduction de nouvelles essences exigée par les objectifs.

Inconvénients d’une régénération artificielle

  • Bouleversement complet et rapide de l’écosystème existant. Notez que certaines nouvelles espèces floristiques et animales y apparaissent quand même… mais temporairement.
  • La mise en lumière du sol forestier entraîne l’apparition d’un tapis herbacé envahissant qui captera l’eau en priorité. Eau qui ne profitera donc pas aux plants !
    De plus, en période de fortes chaleurs, l’évaporation de l’humidité ambiante sera accrue et le réchauffement du sol préjudiciable .
  • La crise de transplantation du plant ; elle a lieu au printemps suivant chaque plantation.
    Celle-ci influe sur le taux de reprise des nouveaux plants : n’oublions pas que ce taux dépend de la qualité du sol , sol pouvant être mis à mal par l’exploitation de la parcelle (tassement du au poids des engins).
  • La surface déboisée ne stocke plus le CO2 de l’air: n’oublions pas que les arbres sont de véritables puits à carbone !
  • Afin de continuer l’exploitation dans de bonnes conditions même en cas d’intempéries, la mise en andain des rémanents sur les cloisonnements et collecteurs devient une obligation, une contrainte pour l’exploitant.
  • La diminution des organismes présents dans le sol freinera le recyclage des nutriments provenant de la décomposition de la matière organique (branches, feuilles).
  • Du point de vue paysager, la coupe rase reste une agression visuelle.
  • C’est une aberration économique : l’exploitation de tous les arbres en une seule fois amènera sur le marché une quantité énorme de produits (grume de valeur , bois de chauffage ou de trituration provenant des houppiers et de toutes les qualités intermédiaires).
    Or la mise en vente de gros volume occasionne toujours une baisse des prix. Les arbres coupés ne seront pas vendus à leur juste valeur.
  • Autre coût important et non des moindres : l’obligation de protéger la surface par un engrillagement. Sinon, les grands animaux feront des dégâts, les sangliers n’hésiteront pas à déterrer les plants pour en consommer les racines ; elles sont en effet riches en oligo-éléments apportés lors de leur culture en pépinière.
    N’oublions pas que ces engrillagements contrarieront les habitats et habitudes de reproduction de la faune (place de brame, coulée ou passage habituel, etc…).

Je préfère cependant arrêter cette liste non exhaustive:elle pourra être discutée lors d’une tournée sur le terrain.
Vous aurez compris et ciblé ma préférence pour ce qui est naturellement faisable. Elle s’appuie sur plusieurs décennies d’observations, enrichies par l’enseignement de mes prédécesseurs.
Je garde en mémoire une de leurs phrases:
« Nous ne sommes là que pour donner un coup de pouce à cette nature qui a une faculté d’adaptation insoupçonnée du moment qu’on la laisse réagir à sa façon et surtout à sa vitesse ».

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